Lacaton Vassal Bordeaux Bastide & David Pradel – Agora 2008

Le week-end dernier, nous étions tous au H14, à l’occasion d’Agora, notre biennale d’architecture à nous, provinciaux de Bordeaux. Forcément boulevardière, Agora a donné cette année dans le développement durable, avec des interventions remarquées de Jean Nouvel ou encore de Nicolas Michelin. A cette occasion la ville de Bordeaux proposait des visites de réalisations remarquables ou censées l’être. C’est donc dans ces conditions, que nous sommes partis visiter le pôle universitaire de gestion d’Anne Lacaton et de Jean-Philippe Vassal. (Galerie Photo Disponible ici: http://webarchigram.free.fr/archiphotos/universite)

Etant légèrement en avance sur le groupe de visiteurs, nous avons eu l’occasion de rencontrer et de discuter avec David Pradel, l’architecte bordelais qui s’est occupé du projet avec Lacaton Vassal. Grâce à ses explications et à la visite plus privée qu’il nous a offerte par la suite, nous avons pu visiter l’ensemble du bâtiment.

En plein cœur de la ZAC Cœur de Bastide, où cohabitent friches industrielles, échoppes bordelaises et constructions neuves, la construction d’un pôle universitaire regroupant 4 entités (IAE, IUT, IUP et UFR E2), était un enjeu de taille pour la ville. Cherchant à combiner un programme lourd et multiple, les architectes nous proposent ici un seul immeuble ou plutôt un seul groupement d’immeubles très lisible.

Profitant d’une même structure en béton préfabriqué, ce bâtiment se compose en réalité de quatre entités logées chacune aux quatre coins de la parcelle. Chacune d’elles bénéficie également d’un patio intérieur au R+2. Mais la visite s’impose car c’est autour des vides et des failles générées par ce choix d’implantation que le bâtiment trouve toute son originalité.

Avant d’aller plus loin, il faut que je vous avoue que j’ai souvent regardé le travail de ces architectes avec hésitation. Autant les premières réalisations me semblaient porteuses de sens, autant la série Mulhouse, Nantes, Bordeaux bastide et nombres de rendus de concours m’apparaissaient comme l’application systématique d’une doctrine souveraine, au-delà même des enjeux du programme et du site.

Ce bâtiment illustrant à merveille les modes de pratique de l’agence Lacaton Vassal, j’ai pu me faire ma propre opinion. Leur logique économique est ici mise en œuvre avec rigueur : profitant du plan libre généré par la structure en béton rationnelle, le bâtiment trouve sa singularité dans la multiplicité, la qualité et la diversité des espaces supplémentaires générés. Contrairement à tant d’autres confrères, les architectes ne cherchent pas l’éclat dans la mise en place d’une écriture originale, mais dans l’économie de matière qui leur permettra d’enrichir un programme si académique. Ici c’est le plan qui fait le projet.

La mise en œuvre est néanmoins très soignée : béton brut apparent pour la structure, sol en béton quartz ciré uniformément nuancé, plafond filant habillé de tôle d’aluminium, et du verre…. Du verre partout ! Sur les façades sur rue, sur patio, dans les coursives, sur les gardes corps… De quoi faire frissonner un thermicien.

Et pourtant, en découvrant ce bâtiment, j’ai été séduit par deux choses : la lumière et le paysage. Ce verre, si abondant, profite non seulement à la qualité lumineuse de l’ensemble du bâtiment, mais il génère également un rapport au lieu inhabituel. Là où d’autres auraient dessiné un bâtiment-objet de plus à ajouter à la longue liste des « gesticulations urbaines », les architectes, nous proposent ici un paysage. Je n’avais jamais vu le quartier de la Bastide sous cet angle. D’une salle de cours, à une coursive sur patio en passant par les terrasses en façades nord, tout est mis en œuvre pour donner à voir le site. D’ailleurs, dès qu’on entre dans ce bâtiment, on se retrouve dehors. Dans ce grand patio qui manque cruellement de végétation pour l’instant, le bâtiment s’ouvre sur le paysage désolé des anciennes friches ferroviaires avec l’église Sainte-Marie en arrière plan. Le spectacle est entier.

Je sais, vous allez me dire qu’il fait chaud dans un bâtiment en verre. Pourtant, même si nous n’étions pas en pleine canicule, je dois vous dire que j’ai rarement ressenti une telle sensation de confort. Nous étions en après-midi, avec le soleil qui tambourinait du sud ouest, néanmoins, le bâtiment restait frais.

La mise en œuvre des failles et des patios, produit en effet un courant d’air constant qui rafraîchit naturellement le bâtiment en été. Plusieurs dispositifs ont également été utilisés par les architectes comme la mise en place de stores automatiques sur l’ensemble des façades et un système de passage d’eau chaude ou froide en plafond dans les salles. Beaucoup d’entre vous ne seront pas convaincus, je vous invite donc à juger par vous-même.

Et lorsque nous avons demandé à David Pradel si les salles de cours orientées au nord n’étaient pas invivables, il nous a conduit dans les salles les plus prisées du pôle universitaire…. (photo) A vous de juger.

J’aurai bien aimé finir sur un coup de gueule en évoquant les 700 rosiers qui ponctuent le bâtiment, mais je dois vous dire qu’au lieu d’un simple habillage de façade j’y ai lu une relation poétique au paysage d’échoppe environnant… Cette expérimentation de roseraie verticale est néanmoins toujours en étude, mais son évolution se fera, j’en suis sûr, au bénéfice de tous ces étudiants qui habitent aujourd’hui le paysage désolant de la bastide.

Allez, « continuez comme ça, mais arrêtez les brises soleils au nord, ça sert à rien. » ;p

Je vous laisse apprécier le bâtiment au travers de ma galerie de photos: http://webarchigram.free.fr/archiphotos/universite

2 commentaires:

Jo a dit…

Cher Philippe,

Je tiens tout d’abord à te féliciter pour la qualité de ton blog autant au niveau critique que graphique, c’est toujours avec grand plaisir que je te suis dans tes pérégrinations.
Cette dernière, encore plus que les autres, car nous l’avons faite ensemble, d’où l’envie irrépressible d’ajouter quelques mots à ton récit dont je partage l’enthousiasme.

Ce qui m’a marqué dans ce projet, c’est le paradoxe qu’il existe entre l’apparente simplicité formelle, la trame rigide en poteaux- poutres, la quasi austérité des matériaux employés; béton, verre, bac aluminium et l’extraordinaire richesse spatiale de ce projet.
Notre parcours est rythmé par une multitude d’espaces différents ;
Ouvert mais couvert, pour devenir patio, puis coursive, couloir pour finalement redevenir patio puis balcon ou terrasse.
On a l’impression de ce promener dans un projet gigogne, dont on perçoit tour à tour les différentes échelles. Celle globale, avec son patio principal, puis celle des différentes unités avec leurs patios plus modestes autour desquels sont organisés les salles de classe, prolongées elle-même par des balcons et des terrasses.
Quelle générosité cela fait plaisir à voir et envie à vivre.
Le deuxième aspect saisissant de ce bâtiment réside dans sa capacité à créer une dialectique avec son contexte. Déjà bien content de sa richesse intérieure, il pourrait ce suffire à lui-même et ce contempler le nombril, mais non, bien au contraire. Il m’a fait l’impression d’une machine à voir, d’une boite à images, sorte de kaléidoscope de Bordeaux que l’on appréhende au cours d’une promenade.
Que l’on soit dans le patio principal qui regarde l’église Sainte Marie, dans les circulations verticales ou dans les classes périphériques, notre regard n’est jamais bloqué par un obstacle et nous pouvons à chaque instant jouir d’une vue magnifique sur le jardin botanique, la Garonne et même la façade 18éme que l’on devine au loin.
Dans un tel contexte, on suggérerait presque au chef d’établissement de nous louer une classe à l’année histoire de profiter de ce lieu quotidiennement.

Grégoire a dit…

Bonjour, j'ai également visité ce bâtiment ainsi que 80% des autres bâtiments réalisés par L&V. Je suis tout à fait d'accord sur cet article et je rajouterai juste qu'il faut arréter de regarder juste l'esthétique! Je crois que ces archis ont compris que l'architecture n'est pas une oeuvre d'art! on n'est pas la pour la contempler (ou accessoirement) mais pour la vivre! Et c'est la qu'on se rend compte de la qualité des espaces, leurs dimensions, la lumière, ... en tant qu'étudiant j'ai sacrément envié l'amphithéâtre avec une grande baie vitrée, les salles de cours avec vue sur toute la ville, ... bref je tire mon chapeau!