Alexandre Chemetoff - 102 logements à Blanquefort
Pas de compromis !


Tout d'abord, un chantier exemplaire, j'ai eu l'occasion de passer devant de nombreuses fois. Refends maçonnés et murs bois préfabriqués en atelier. Les maisons sont montées à toute vitesse. Gain de temps, économie du projet, etc. Un chantier maitrisé !
D'un point de vue architectural, je dois dire que j'ai été plutôt séduit. Pour du logement social (ou presque), il est rare de voir autant de détails... du bois, du métal, des toitures végétalisées, des récupérateurs d'eau en inox... je vous invite à apprécier sur la galerie la mise en place du végétalisé et l'absence d'acrotère, ou encore le détail des serres, plutôt sympa. Le parti pris écologique, tellement boulevardier, est ici parfaitement assumé. Les toitures plantées offrent la régulation thermique nécessaire, les eaux de pluie sont contenues, les jardins sont plantés ! Même les stationnements sont en "evergreen"...
Bien sûr, je trouve le détail de la remontée d'étanchéité sur les refends, un peu rude, ou encore les lames de bois à claire voix devant certaines fenêtres, inutiles... mais je chipote. C'est un projet minutieux et parfaitement maitrisé. A visiter !

Les logements ont l'air très agréables, avec des jardins pour tous. Les maisons type T3 et T4 profitent même d'une cour, d'un patio et d'un jardin et les plans sont plutôt habiles. Rien à dire.

En revanche, et c'est là que je voulais en venir, d'un point de vue urbain, j'ai de sérieux doutes sur l'opération. Je m'explique.
Alexandre Chemetoff est un architecte paysagiste que l'on peut qualifier de contextuel. De la série de conversations qu'il a pu tenir avec divers invités à Arc en rêve récemment, et au travers des nombreuses réalisations qu'il a pu réaliser (Nancy, Nantes, Lyon, Grenoble ou encore Angoulême), on s'aperçoit qu'il considère attentivement les lieux de ses projets. Il paraît véritablement attaché à la situation dans laquelle il construit.
Pourtant à Blanquefort, on ne peut pas vraiment dire que son projet trouve sa force dans son contexte. Il lui fait la gueule! Blanquefort est une banlieue industrielle de Bordeaux, remplie de ronds-points et de pavillons couleur pastel. Quand au centre ville, à peu de choses près, il est recouvert d'immondes bâtiments post modernes, œuvres d'architectes sans éthique. Tout ça baigné d'enrobé bitumeux... Quand au site, trois hectares de pelouse grillagée, à la lisière de la zone industrielle, près d'une voie ferrée et d'un lotissement, il n'a pas du coûté trop cher... Le projet de Chemetoff ne semble pas dialoguer avec lui. On comprendrait presque pourquoi sur cette photo:

Mais dans ce type de contexte, on ne peut pas lui en vouloir. Combien d'architectes se sont vu proposer un tel site, lors d'un concours de logements...
En revanche, je trouve le plan masse assez "sec". Avec ces alignements de murets ou encore ces grands pignons aveugles, il manque d'originalité. Certes, des placettes ont été aménagées de temps en temps, mais on est loin de la richesse d'un querreux charentais ou plus simplement du pittoresque d'un tissu ancien, même mineur.
En se posant la question, on s'aperçoit que la principale différence entre ce type d'opération et la morphologie urbaine des tissus anciens est le temps. Ici, tout est décidé par avance, assujettis à un plan masse. Je conçois que l'urgence et la nécessité de la construction de logements ne laissent guère de temps aux compositions pittoresques, autour d'espaces semi-privatifs et autres bizarreries. Mais n'est-ce pas cela, avec les qualités propres des logements qui participent de la réussite d'un quartier?

Alain Collen, directeur général de la Semi de Blanquefort, maître d'ouvrage du projet, explique le projet comme une "façon de revoir à la mode contemporaine l'échoppe bordelaise"... (rire général...) A quoi bon parler d'échoppe, si l'on n'en comprend pas la singularité de son tissu urbain? Ici, on est hors la ville, on est au bord de la route. A quoi bon favoriser des piétons et des vélos si on invite les habitants à vivre avec deux voitures?
Ce projet mérite d'être connecté à la ville, pour le bien être de ces propres habitants. Ce projet mérite un contexte ! Pas de compromis !
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