A Carnoux en Provence, j'ai eu la surprise de croiser
un bijou d'architecture de béton blanc, la médiathèque Albert Camus conçue par
les architectes Fernandez et Serres. Perdue au milieu d'une zone pavillonnaire
sans grand intérêt, cette architecture tranche radicalement avec le
paysage. A moins que ce ne soit elle qui crée un nouveau paysage...
Toujours est-il qu'il s'agit là d'un authentique acte
d'architecture dont l'obtention du permis de construire n'a pas du être chose
aisée. (Faire accepter une certaine variété architecturale aux élus est
d'ailleurs une notion assez impénétrable pour moi).
L'environnement urbain, peu attrayant sert ici
justement l'argumentation de cette volumétrie opaque, un brun minimaliste et concentrée
sur elle-même. Certes, les architectes vous diront sans doute qu'ils ont
cherché avant tout à faire écho à la géographie du lieu. Ils préciseront
notamment qu'ils ont cherché à faire référence à la carrière de pierre
existante à proximité, mais on ne me la fait pas! Ils ont du surtout prendre du
plaisir à se libérer de cet environnement de rond point et de pavillons
provençaux pour dessiner un séduisant projet.
Ainsi décomplexés, voir indisciplinés, ils
n'offrent au passant que d'intrigants murs épais en béton blanc, mais le
visiteur comme le flâneur seront quand à eux récompensés. (soit dit en passant,
un bon architecte saura reconnaitre la qualité d'un tel béton aux éclats de
Mica...).
Ainsi, profitant de la déclivité du terrain, ils
nous proposent tout d'abord de descendre une longue rampe jusqu'à un jardin
intérieur d'une grande quiétude, dans lequel repose un très respectable pin
parasol. S'offre alors au curieux la vision d'un grand bandeau de verre clair
supportant toute la masse du bâtiment. Cette véritable mise en scène
de la salle de lecture nous pousse à en voir davantage... Pénétrant par
l'unique porte en bois massif, on découvre l'espace de lecture. Au centre,
rayonnages et tables de lecture profitent d'une double hauteur sous plafond; côté
baie vitrée, un espace de lecture plus intime profite de la vue sur jardin. Ses
deux ambiances bien distinctes fonctionnent bien, même si je trouve que le
traitement de l'intérieur et de l'ensemble des éléments de mobilier, dans cette
couleur de blanc immaculé manque quelque peu de fantaisie. J'irai même jusqu'à
dire qu'un dessin de mobilier en bois naturel, type contreplaqué d'iroko verni
aurait pu fonctionner ici.
Pour finir la visite, en glissant davantage dans
le cœur du bâtiment, le patio poursuit la mélodie, avec son déroulé d'espaces
au nom savants (heure du conte, espace d'exposition, espace de musique) dont je
ne peux qu'admirer la composition, même si je trouve l'espace un peu
"fesse-mathieu", n'en déplaise à la comptabilité du maître d'ouvrage.