Ilot de l’Arc de Triomphe, Saintes
Profitant d’une petite excursion en Charente Maritimes à l’occasion d’un concours d’idée organisé par le CAUE de La Rochelle, j’ai eu l’occasion de m’arrêter à Saintes. Je ne m’étendrai pas sur les qualités de cette petite ville de 25000 habitants, mais plutôt sur une opération de logements que je connaissais de nom, mais que je n’avais jamais eu l’occasion de visiter, l’opération de l’îlot de l’Arc de Triomphe, que l’on doit à Thibault Babled, Armand Nouvet et Marc Reynaud, architectes et urbanistes.
Commandée par la ville de Saintes, à l’issue du concours Europan3, cette opération de 64 logements regroupe 38 logements sociaux collectifs (29 en réhabilitation et 9 en neuf), 26 logements en accession en construction neuve (21 collectifs et 5 maisons de ville), quelques commerces et/ou locaux d’activité et un traitement des espaces publics. Elle a été livrée il y a tout juste 3 ans.
Il s’agit d’un remarquable exercice d’écriture dans l’existant, trop peu connu à mon avis, qui devrait pourtant faire enseignement dans bien des aménagements urbains en cours et à venir.

Profitant d’une géométrie parcellaire en lanière existante, les architectes nous proposent ici une densification d’un cœur d’îlot de faubourg, par adjonction d’une nouvelle typologie d’habitat (maisons sur patio), tout en prenant soin de réhabiliter, ponctuellement, les constructions existantes. De nouveaux logements sont également réalisés, sous forme de collectifs, à proximité du cœur d’îlot.
Les maisons individuelles à patio et sur jardin, initialement imaginées par les architectes sont organisées autour du tissu de venelles, préalablement réhabilité. Toute l’originalité du propos tient dans cette mixité d’intervention, qui enrichie du coup, l’ensemble de l’opération.
Pour en venir à l’écriture architecturale, je dois vous l’avouer, j’ai été profondément séduit. Construire dans l’existant est un acte bien plus délicat qu’il n’y paraît. Bien peu d’architectes y parviennent aujourd’hui, et c’est souvent dans la rupture que les architectes cherchent la continuité.
(En passant, l’intervention pleine de sagesse de Zumthor, au musée Kolumba de Cologne tout récemment, n’est-elle pas révélatrice d’une profonde exigence de continuité ? Dans un tel contexte urbain douloureux, une institution comme celle-ci aurait pu tenter de faire parler d’elle de manière bien nettement plus tapageuse, comme d’autres ont su si bien le faire. On remercie donc Peter pour la prouesse au passage...)
Pour en revenir à notre sujet, c’est bien au travers d’une écriture singulière mais délicate que nos trois camarades ont brillé. Reprenant des détails d’architecture existants déjà dans ce faubourg, ils ont su développer un langage efficace, clairement identifiable, et pourtant si bien adapté. Je vous renvoie à mes photos, sous un ciel nuageux certes, mais qui permettent de se rendre compte de l’importance des proportions et des rythmes dans cette recherche de continuité.

Quand aux maisons de ville, la discrétion y est de mise. La richesse des parcours en chicane, des perspectives, des matériaux et des échelles déjà présents sur le site, ont permis aux architectes d’enfouir leurs habitations dans des petits écrins de verdure, pleins de charme et de tranquillité. Preuve en est, j’ai vu des chats partout. Faisant corps avec les murs de venelles, ces maisons à patio ne trahissent leur présence que par d’élégants bandeaux de bois, délicatement posés sur les murs en pierre. La hauteur de ces derniers préserve cependant les maisons des curieux dans mon genre.
Cette opération illustre pour moi, la potentialité de préserver le sentiment d’un « chez soi », tout en proposant des habitations individuelles et collectives denses, au cœur même de la ville.
Je voudrais également m’attarder sur les logements collectifs. Profitant de l’aération d’un cœur d’îlot vert, ils disposent de coursives ouvertes sur les jardins. Du coup, ils offrent la sensation d’espaces privatisés, nettement plus appropriables qu’un couloir sombre et lugubre. Les mêmes efforts ont été déployés pour ceux qui ne participent pas directement du cœur d’îlot, et au dire des habitants, à part quelques problèmes de finition (second œuvre), l’opération s’apparente à un succès.


Pour en finir, bien que l’ambition ait été grande pour ce quartier, les espaces publics, en particulier les venelles, souffrent d’un manque d’entretien certain, et quelques plantations en plus ne feraient pas de mal à mon sens… En espérant que les habitants s’approprient davantage ces espaces verts….
Je vous laisse admirer cette opération en photos, je n’ai pas eu le courage d’attendre la nuit, le froid faisant rage en cette époque douloureuse, mais aux dires des habitants, c’est un moment magique.
site des Architectes: http://www.babled-nouvet-reynaud.com
Galeries Photos Disponible ici: http://webarchigram.free.fr/archiphotos/saintes
Dossier d’analyse de l’opération par PAVE (groupe de recherche de l’EAPBX) très intéressant et bien fourni (plans, photos), je vous invite à le lire, notamment les relevés spatiaux et les entretiens exploratoires :cliquer ici pour le consulter